Transcription

Cette forêt de laminaires se fait attaquer

Des oursins broutent les laminaires

Les forêts de laminaires sont des habitats essentiels pour plusieurs espèces marines

Pourtant, dans certaines parties de Gwaii Haanas, le fond marin est couvert d’oursins

Le plancher océanique est aussi désertique qu’une forêt coupée à blanc

Une absence de prédateurs, surtout des loutres de mer, a causé une explosion de la

population d’oursins à Gwaii Haanas

Mais le vent est en train de tourner

Le long de trois kilomètres à Gaysiigas Gwaay, on retire 75 % des oursins

Ça permettra aux forêts de laminaires de repousser et de restaurer l’habitat d’espèces marines menacées

Le projet Chiixuu Tll Iinasdll signifie « nourrir les fruits de mer pour qu’ils croissent » en langue haïda

Le partenariat est essentiel!

Les plongeurs récolteront les oursins de meilleure qualité des eaux peu profondes à des fins alimentaires

Ils utilisent un outil spécial, un râteau, pour récolter les oursins

Les oursins seront apportés dans les communautés de Haida Gwaii pour être mangés

Les oursins non récoltés se décomposeront sous l’eau et contribueront à la chaîne alimentaire

Ce projet aidera à rétablir l’équilibre fragile dans ce secteur de Gwaii Haanas

Les forêts de laminaires et la faune continueront d’être surveillées au cours des prochaines années

Les scientifiques s’attendent à ce que les laminaires repeuplent le fond marin

Et améliorent la santé globale de l’écosystème marin à Gwaii Haanas et nourrissent les fruits de mer pour qu’ils croissent

Aidons les laminaires!

Ce projet est rendu possible grâce à :

Conseil de la Nation haïda

Agence Parcs Canada

Pêches et Océans Canada

Les pêcheurs d’oursin rouges

Université de Colombie-Britannique

Université de l’Oregon

Institut Hakai/ Fondation Tula

Université de l’état de Floride

Comment prononcer Chiix̱uu Tll iinasdll en Xaayda Kil

Ce qui signifie «Favoriser la faune marine»

JÀ l’instar des forêts de Gwaii Haanas, les forêts de varechs sous-marines sont des lieux importants pour de nombreuses espèces et pour les habitants de Haida Gwaii.

Les forêts de varechs ont des retombées inouïes sur les communautés et les écosystèmes côtiers. Elles servent de lieux de reproduction, d’habitat et d’aire d’alimentation pour les espèces de poissons, de mollusques et de crustacés propres à la consommation humaine. Les forêts de varechs servent de cafétéria à l’océan pour toute la faune marine, des minuscules crevettes aux poissons, en passant par les grands mammifères marins. Les forêts de varechs abritent également de nombreuses espèces protégées par les lois sur les espèces en péril au Canada. L’ormeau nordique est en voie de disparition, et plusieurs espèces de sébastes sont menacées ou inquiètent.

Parcs Canada, la Nation haïda, Pêches et Océans Canada et plusieurs partenaires restaurent une zone de forêt de varechs à Gwaii Haanas. Le projet porte le nom de Chiix̱uu Tll iinasdll : Favoriser la faune marine. La préservation de la zone de restauration, la recherche et la surveillance sont en cours.


Importance of kelp forests

Photo: Lynn Lee / MTE

Les forêts de varechs sont des écosystèmes côtiers importants. Elles constituent un habitat essentiel pour de nombreuses espèces marines.

Les espèces qui dépendent du varech, comme l’ormeau, le sébaste, le hareng et le saumon, sont culturellement importantes pour les Haïdas. Elles sont également importantes pour les communautés et les économies locales et régionales. La restauration des forêts de varechs profitera directement à de nombreuses espèces marines et aux populations qui en dépendent.

Les forêts de varechs contribuent également à protéger les rivages contre l’érosion en agissant comme des brise-lames naturels contre les ondes de tempête sur le rivage. À l’automne, lorsque les espèces annuelles de varechs commencent à mourir, les tempêtes arrachent le varech et le laissent sur la plage. Ce phénomène alimente les écosystèmes terrestres. Le varech est également transporté au large et peut alimenter des écosystèmes plus éloignés.

Les grandes forêts de varechs absorbent beaucoup de carbone, car le varech peut croître très rapidement. Le varech retire le carbone de l’atmosphère et le transforme en matière végétale, comme les forêts terrestres.

Les forêts de varechs en danger

Photo: Lynn Lee / MTE

Malheureusement, de nombreuses forêts de varechs sous-marines de Gwaii Haanas sont déséquilibrées et beaucoup plus petites qu’auparavant. Il y a près de 200 ans, les ḵuu (loutres de mer) ont disparu de Gwaii Haanas à cause de la chasse liée au commerce maritime de la fourrure.

Les écosystèmes océaniques côtiers de la région ont connu une cascade de changements depuis lors. En effet, les ḵuu sont des prédateurs clés – des consommateurs voraces d’invertébrés marins (mollusques et crustacés) comme les oursins, les crabes et les ormeaux. Sans ḵuu pour contenir leurs populations, le nombre d’oursins diadèmes a augmenté, et ceux-ci ont consommé une grande partie du varech.

Bien que les oursins soient des espèces indigènes de l’environnement océanique de Gwaii Haanas, ils sont aujourd’hui si nombreux qu’ils sont considérés comme « hyper-abondants ». Les oursins broutent les riches forêts de varechs dont dépendent l’ormeau nordique et de nombreuses espèces de sébastes (sébaste à dos épineux, sébaste cuivré, sébaste à bandes jaunes, sébaste noir, sébaste à queue jaune et autres).

Il ne reste que des forêts de varechs très réduites et davantage de landes d’oursins à de nombreux endroits. Les landes d’oursins sont de longues étendues de fonds marins avec de nombreux oursins et très peu ou pas du tout de varechs. À l’instar d’une forêt coupée à blanc, ces zones n’abritent plus un écosystème marin aussi diversifié.

Au secours du varech

Une équipe de partenaires de la Nation haïda, du gouvernement fédéral, de l’industrie et du milieu universitaire travaillent actuellement ensemble à un projet de restauration de l’écosystème. Ce projet porte le nom de Chiix̱uu Tll iinasdll : Favoriser la faune marine.

Grâce aux connaissances traditionnelles, aux connaissances locales et aux renseignements scientifiques, l’équipe a commencé à transformer les landes d’oursins en forêts de varechs à Gwaii Haanas. Le projet s’étend sur 3 kilomètres du littoral de Gaysiigas Gwaay (île Murchison). Pour restaurer les forêts de varechs, une étape cruciale consiste à retirer la majorité des oursins dans la zone de restauration afin de réduire le broutage des varechs par les oursins. La repousse des forêts de varechs profitera aux ormeaux, aux sébastes, aux harengs, aux saumons et à de nombreuses autres espèces marines.

2017 – Recueillir l’information

Le projet a commencé à l’été 2017. Il s’agissait notamment d’études du milieu de vie marin des récifs rocheux avant la restauration et d’une collaboration pour étudier et planifier la restauration. En juillet 2017, des équipes de plongeurs scientifiques, dont des plongeurs de Haida Fisheries, ont compté les algues, les poissons et les invertébrés sur le site du projet. Ce travail visait à observer, à mesurer, à compter et à enregistrer les espèces vivant dans la zone du projet. En outre, l’équipe a marqué les oursins rouges pour pouvoir mesurer leur taux de croissance dans la forêt de varechs par rapport à l’habitat des landes d’oursins.

2018 – Début des travaux de restauration

Au cours de l’été 2018, les études du milieu de vie marine des récifs rocheux qui ont été commencées en 2017 ont été refaites avant les travaux de restauration.

Les travaux de restauration effectués par le Haida Fisheries Program et les plongeurs commerciaux spécialisés dans les produits de la mer ont commencé à l’automne 2018. Les guuding.ngaay (oursins rouges), dont les œufs étaient abondants et en santé, ont été enlevés et remis aux communautés locales pour leur consommation. Ils ont été livrés aux communautés de Haida Gwaii à deux reprises en 2018. Fournir de la nourriture à la collectivité est un élément clé du projet. Le guuding.ngaay est un aliment traditionnel haïda et est considéré comme un mets fin. Les oursins sont souvent difficiles d’accès, car ils se trouvent à une longue distance en bateau des communautés. Les oursins qui n’avaient que peu ou pas d’œufs comestibles ont été ouverts sous l’eau. Ils ont été laissés pour fournir des nutriments aux poissons, aux invertébrés, aux charognards et aux organismes en décomposition.

Des centaines d’ormeaux ont été marqués individuellement pour mesurer les taux de croissance. Ces ormeaux marqués seront retrouvés et mesurés de nouveau les années suivantes. Ces travaux de recherche, ainsi que d’autres, permettront de mieux comprendre les taux de croissance, le régime alimentaire et les changements de comportement des ormeaux une fois les forêts de varechs restaurées, et les oursins, enlevés. Les réponses à ces questions sont essentielles à la mise en œuvre fructueuse d’activités de rétablissement des ormeaux.

De petits échantillons de tissus ont également été prélevés sur des ormeaux, sans les blesser, et des échantillons d’œufs d’oursins rouges ont également été prélevés pour découvrir de quoi se nourrissent les ormeaux et les oursins rouges. Les composés présents dans les tissus révèlent ce que les animaux mangent. De cette façon, les chercheurs peuvent voir s’il y a des changements dans la nourriture de l’ormeau et de l’oursin rouge au fur et à mesure que le milieu de la forêt de varechs change avec les travaux de restauration.

2019 – Restauration et surveillance

Au printemps 2019, les pêcheurs d’oursins ont enlevé les oursins comestibles et ouvert les autres oursins de la zone de restauration. Une fois encore, certains ont été livrés aux communautés locales pour leur consommation. Plus de 75 % des oursins situés jusqu’à 17 mètres de profondeur ont été retirés le long des 3 kilomètres de littoral.

Des contrôles de surveillance continue du milieu de la forêt de varechs ont eu lieu au cours de l’été.

Les taux de respiration des oursins rouges vivant dans les landes d’oursins et dans les forêts de varechs ont été mesurés et comparés. On a constaté que les oursins rouges des landes avaient des taux de respiration beaucoup plus faibles que ceux qui vivent à la ligne de varechs. Ce phénomène montre comment les oursins rouges peuvent vivre dans un état de zombie avec un métabolisme très lent et survivre pendant de longues périodes sans beaucoup de nourriture.

En 2019, 14 ormeaux marqués ont été retrouvés et mesurés de nouveau. Deux cents autres ormeaux ont été marqués et relâchés sur chaque site. Ces ormeaux marqués seront recherchés et mesurés de nouveau en 2020. Le marquage des oursins rouges a également eu lieu à nouveau pour examiner leur taux de croissance après les travaux de restauration. Des échantillons de tissus d’ormeaux et d’oursins ont également été prélevés encore. Tous ces travaux continuent d’enrichir les connaissances sur l’ormeau et l’oursin rouge alors que les forêts de varechs changent avec les travaux de restauration.

2020 – Restauration et surveillance

Au printemps 2020, la Nation haïda et Parcs Canada ont travaillé avec le secteur de la pêche commerciale à l’oursin pour autoriser une pêche limitée à l’oursin rouge dans la zone de restauration et à proximité de celle-ci, dans le cadre de la pêche commerciale. La pêche a été surveillée par un gardien haïda et le personnel de Gwaii Haanas. Cette démarche a été faite pour le maintien de faibles densités d’oursins sur le site de restauration grâce à des partenariats existants et à une gestion innovante.

En raison de la COVID-19, une grande partie des activités de recherche et de surveillance sur le terrain prévues pour 2020 n’ont pas pu avoir lieu. L’équipe a tout de même réussi à mener des études de surveillance du milieu de la forêt de varechs à la fin de l’été et à prélever des échantillons de tissus d’ormeaux et d’oursins rouges à nouveau en 2020.

L’écosystème réagit – Ce que nous avons remarqué entre 2018 et 2020

Depuis le début du projet, l’écosystème a réagi de manière incroyable. Avant les travaux de restauration, le varech ne poussait que dans une frange étroite au niveau de la marée basse. À l’été 2019, on a constaté que le varech poussait de deux à cinq mètres plus en profondeur qu’avant l’enlèvement des oursins. De six à neuf mois après les travaux de restauration, on a observé la croissance de centaines de plantes de varech le long des lignes d’étude du milieu de la forêt de varechs (transects).

Le nereocystis de Lutke a particulièrement bénéficié de l’enlèvement des oursins. De nombreuses espèces de varechs de sous-étage (plus courts) en profitent également. Il y a aussi un petit bosquet de varech géant de plus de 3 mètres de haut dans une zone où il n’y avait qu’une seule plante avant la restauration. Le nereocystis de Lutke a atteint jusqu’à 10 mètres de haut à certains endroits où il n’y avait que peu ou pas de croissance avant l’enlèvement des oursins. L’écosystème est cependant en constante évolution. Il réagit aux changements annuels de l’environnement. Au cours des étés 2020 et 2021, le varech était en général moins abondant qu’au cours de l’été 2019, peut-être en raison de conditions océaniques différentes et parce que les oursins continuaient de se déplacer dans le site à partir de zones plus profondes et de zones environnantes. Une surveillance continue est nécessaire pour comprendre les effets à long terme des travaux de restauration du varech et la façon dont les différentes espèces de l’écosystème réagissent au fil du temps.

prochaines étapes - 2021 et au-delà

Au cours de l’été 2021, les études de surveillance du milieu de la forêt de varechs ont été reprises afin de comparer leurs résultats avec ceux des études des années antérieures. Des travaux de recherche sur le terrain ont aussi été réalisés concernant les taux de croissance de l’ormeau et de l’oursin rouge, la respiration et les systèmes de déplacement de l’ormeau, la quantité d’œufs d’oursin et ce dont ces animaux se nourrissent. Des travaux de laboratoire et d’analyse de ces données sont en cours. Il est prévu de poursuivre les travaux de contrôle des oursins en partenariat avec l’industrie de la pêche commerciale des oursins.

Partenaires de l’océan

La collaboration et le partenariat sont la clé du succès de tout projet de restauration d’écosystème à grande échelle. La Nation haïda, le gouvernement du Canada et la Pacific Urchin Harvesters Association sont fiers de collaborer à l’amélioration des écosystèmes des forêts de varechs et des récifs rocheux. Ces partenaires travaillent aux côtés de chercheurs de l’Université d’État de Floride, de l’Université de l’Oregon, de l’Université du Nouveau-Brunswick et de l’Université de la Colombie-Britannique pour en apprendre plus sur les effets des travaux de restauration du varech sur l’écosystème et pour atteindre les objectifs de conservation communs.

 

Pour vous renseigner davantage sur ce projet, veuillez écrire à Nadine Wilson à l’adresse nadine.wilson@canada.ca, ou à Lynn Lee à l’adresse lynn.lee2@canada.ca.